In rainbows ou un business model artistique fondé sur la relation client

Radiohead lance son nouvel album aujourd’hui. Intitulé ‘In rainbows’, il n’est pour l’instant que téléchargeable sur Internet, sur un site dédié. Cette démarche est déjà originale pour un groupe de cette notoriété, mais Radiohead va encore plus loin en laissant les Internautes décidé du prix de l’album.

in-rainbows.jpg« Joli coup marketing » peut on lire un peu partout sur le net. Cette démarche assure en effet un gros buzz, mais le dispositif marketing va plus loin que ça :

– pour télécharger l’album, les internautes doivent laisser leurs coordonnées. Ils entrent donc dans la base de données des ‘fans’ de Radiohead et pourront être sollicités ultérieurement pour des produits dérivés ou des concerts (principales sources de revenu pour des groupes de ce type). Faire découvrir son travail et le partager avec le plus grand nombre gratuitement est d’ailleurs un très bon dispositif de recrutement.

– un double album collector (le 1er CD inclus les chansons en téléchargement et le 2eme CD rassemblera des pistes inédites) vendu au prix fort (40£). Un pur produit pour fans qui sortira dans un mois. L’édition collector est en pré-résérvation sur le site. Cela veut dire que le groupe pourra aussi anticiper la production de l’album en calculant les coûts au plus juste : très important pour un album auto-produit.

Enfin, cette initiative de Radiohead consacre le nouveau business model artistique. Si de nombreux artistes (musicaux ou autres) donnent de la visibilité à leur travail sur Internet (ex: Arctic Monkeys ou Frantico en BD), ils rejoignent souvent le système classique éditeur / circuit de distribution dès qu’ils sont un peu connus. L’initiative de Radiohead est un gros coup en pleine poitrine des maisons de disques et des réseaux de distribution :

– Ils reviennent aux bases du système d’échange de l’art. Un peu comme les artistes qui jouent dans la rue (je ne parle pas du métro 🙂 )ou lors de festivals indé et qui y vont surtout pour partager ce qu’ils font. Souvent les spectacteurs peuvent les rétribuer comme ils le veulent. Car même si l’album sera surement majoritairement téléchargé à 1 penny, d’autres seront prêts à donner 10£ à leur groupe préféré. D’autres enfin apprécieront la démarche et paieront le prix qu’ils estiment juste pour un album en ligne (comparé au prix des albums CD).

– Ils montrent de la considération pour leur base de fan en s’adressant directement à eux.

– Ils vont éviter que leur album soit totalement dévalorisé 6 mois après sa sortie, passant de 17€ à 6,99€…

– Ils vont éviter que leur album soit massivement piraté

Bref… Radiohead confirme que les artistes peuvent se passer des maisons de disques et des réseaux de distribution grâce à Internet et à des campagnes de promotion bien menées auprès des communautés de fans. Ils ont quitté leur maison de disque après ‘Hail to the thief’ car ils ont jugé qu’elle était devenue un intermédiaire inutile. Nous pourrons juger d’ici quelques mois si ils ont fait le bon choix, mais j’ai confiance en cette démarche et je leur suis reconnaissant de vouloir faire bouger les choses.

Un autre article intéressant sur le sujet (en anglais) ici

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